L’existentialisme

 

par Martin Godon, Cégep du Vieux Montréal.

 

L’existentialisme a connu une vogue sans précédent durant le deuxième tiers du vingtième siècle. De nombreux artistes et intellectuels ont développé un style de pensée et une manière de vivre qui ont largement débordé les frontières de l’Occident. Quelques philosophes occupent l’avant-scène de ce mouvement, parmi lesquels Jean-Paul Sartre, sans doute le plus célèbre de tous. Avant de proposer une définition de l’existentialisme, il faut retracer les origines du mouvement.

 

Les origines de l’existentialisme

Apparu il y a tout près d’un siècle, le mouvement existentialiste a cependant des racines anciennes. Selon certains penseurs contemporains, on peut déjà trouver quelque chose d’existentialiste dans l’attitude intellectuelle de Socrate.

L’idée d’existence, qui a évidemment servi à forger le nom du mouvement, occupe une place importante dans l’œuvre de plusieurs philosophes anciens. Notamment Platon, Aristote et Augustin d’Hippone. René Descartes, Emmanuel Kant, Hegel et Schelling sont les penseurs modernes qui ont accordé le plus d’importance à ce concept d’existence.

Cependant, Sören Kierkegaard (1813-1855) et Friedrich Nietzsche (1844-1900) ont davantage influencé le développement du mouvement existentialiste. En fait, Kierkegaard est généralement présenté comme le premier penseur véritablement existentialiste. Ce philosophe danois s’intéressait surtout au fait que toute existence humaine est inévitablement souffrante.

 

Une définition générale

D’un point de vue philosophique, le mouvement existentialiste ne se caractérise pas par une très grande unité. Il est difficile de préciser d’une manière incontestable les caractéristiques d'une philosophie existentialiste. De plus, ceux à qui on accole l'étiquette la refusent parfois.

Pourtant, les penseurs existentialistes s’accordent généralement sur un certain nombre d’idées. Avant de désigner un système philosophique particulier, on utilise le mot existentialisme pour parler d’une manière d’aborder la réflexion et le questionnement philosophiques qui s'enracine dans l'existence concrète.

L’existentialisme s'oppose à l'effort de systématiser rationnellement l'existence humaine. Si l’esprit humain peut construire un système rationnel pour expliquer notre réalité, les existentialistes considèrent généralement qu’un tel effort est inutile, car la pensée ne peut jamais correspondre entièrement à la réalité. Il ne peut donc y avoir de système de l'existence satisfaisant. C’est pourquoi ils ont préféré des attitudes intellectuelles qui permettent de faire ressortir le caractère riche, souvent ambigu et paradoxal, de notre vécu.

Ainsi, à leurs yeux, l’expérience vécue possède une valeur plus élevée que la théorie. À partir de là, ces philosophes établissent une distinction entre l'action éthique et l'action esthétique. L’action éthique vise à transformer notre réel. Tandis que l’action esthétique conduit à poser un jugement sans chercher à modifier quoi que ce soit dans la réalité. Évidemment, les existentialistes critiquent fortement ceux qui essayent de tenir le réel à distance.

Selon les existentialistes, notre existence semble indéfinissable, le monde dans lequel on vit est absurde et n'offre à l'humain aucune valeur supérieure. Dans l’ensemble, à l’intérieur du mouvement existentialiste, on considère que l’existence humaine a un caractère paradoxal, voire contradictoire et contingent. C’est dans ce contexte qu’ils s’interrogent habituellement sur notre liberté, sur notre responsabilité et sur un possible bonheur.

En un sens strict, les grandes figures de l’existentialisme sont Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty et Karl Jaspers. Cependant,  Albert Camus, Gabriel Marcel, Emmanuel Mounier et bien d’autres ont également participé à l’essor de cette pensée. Depuis 1960 environ, plusieurs mouvements philosophiques se sont érigés en s’opposant à l’existentialisme.

 

Pour en savoir plus, lire L'existentialisme selon Jean-Paul Sartre.

 

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